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Conseil municipal de Yellowknife : : Des conseillers s’opposent à la preuve de vaccination

Le conseiller Niels Konge a comparé le système de preuve vaccinale à l’interdiction de s’assoir à l’avant d’un autobus, évoquant ainsi l’oppression historique vécue par les personnes noires. La mairesse de Yellowknife, Rebecca Alty, a par la suite condamné ce type de comparaison.


Thomas Ethier – IJL – Territoires


(Capture d’écran/Municipalité de Yellowknife)


Les personnes non vaccinées pourraient être admises dans les installations municipales de Yellowknife au cours des prochains mois. Une majorité des conseillers de la capitale ont indiqué qu’ils voteront contre la proposition d’imposer la preuve de vaccination aux résidents qui souhaitent fréquenter ces établissements. Le vote se tiendra lundi prochain, 7 novembre.


C’est notamment dans le but d’accueillir davantage de résidents au centre sportif Multiplex, à la piscine et dans les autres établissements municipaux, considérés comme des lieux à haut risque de transmission, que l’administration propose d’y exiger le document. À l’heure actuelle, la limite de personnes admises dans les lieux publics intérieurs est de 25, mais peut passer à 50 pour les organisations qui choisissent d’exiger la preuve de vaccination. Des exemptions sont accordées aux fournisseurs de services essentiels.


Le 1er novembre, trois voix se sont portées à la défense de la proposition, faisant notamment valoir que cette mesure vise à assurer la sécurité des résidents qui fréquentent les établissements municipaux, spécialement les personnes immunodéprimées et les enfants non vaccinés. Quatre conseillers municipaux ont toutefois indiqué qu’ils comptent s’opposer à ce système, qu’ils jugent discriminatoire pour les contribuables qui choisissent de ne pas se faire vacciner.


Notons que la Commission des droits de la personne des TNO a publié en octobre une déclaration concernant les politiques de vaccination et les passeports vaccinaux. « Une personne qui fait le choix de ne pas se faire vacciner pour des raisons personnelles ou une croyance qui lui est propre n’est pas protégée par la Loi sur les droits de la personne des TNO et ne peut demander une adaptation en vertu de la Loi », peut-on y lire.

La conseillère municipale Shauna Morgan a vertement condamné la comparaison formulée par son collègue au cours de la rencontre du 1er novembre. (Capture d’écran/Municipalité de Yellowknife)


« Complètement inacceptable »

Le conseiller Niels Konge a utilisé sa tribune publique pour comparer la preuve vaccinale à l’interdiction pour « certaines personnes » de s’assoir à l’avant d’un autobus. Ces propos évoquent les politiques racistes imposées jusque dans les années 1950 à la population noire de certaines villes d’Amérique du Nord.


Au lendemain de la rencontre, sans nommer le conseiller, la mairesse a condamné ces propos sur Facebook. « La discussion d’hier, portant sur la possibilité d’établir une politique de preuve de vaccination pour les installations municipales, a laissé place à une comparaison avec des politiques racistes et de ségrégation. Comparer une politique de Santé publique à une politique raciste est complètement inacceptable. Les mesures de santé publique sont en place pour la santé et la sécurité des résidents », peut-on lire.


« Les gens peuvent être en désaccord quant à l’efficacité de ces mesures, mais l’intention derrière une telle politique demeure la santé et la sécurité des résidents, poursuit-elle. On ne peut en dire autant de politiques racistes et de la ségrégation raciale dont la gravité et les dommages ne sont pas comparables. Nous avons tous des points de vue différents sur la façon dont devrait être gérée la pandémie, mais nos discussions doivent demeurer respectueuses et productives. »


Au jour de la discussion, seule la conseillère Shauna Morgan s’est indignée contre ce commentaire. « J’ai eu la nausée en entendant les comparaisons faites aujourd’hui entre l’expérience vécue par les gens non vaccinés, et l’oppression systémique vécue par certains groupes en raison de leur race ou de leur culture, a-t-elle déclaré. Je crois que cette comparaison inappropriée et inexacte peut être profondément irrespectueuse pour les personnes qui ont souffert d’oppression systémique. »

BACupNorth exige des excuses

Dans un communiqué émis le 2 novembre, la Coalition de défense des noirs des TNO a « fortement condamné » les remarques du conseiller, et exigé qu’il présente des excuses publiques et qu’il s’éduque sur les enjeux vécus par les communautés raciales. « Il est inacceptable pour un individu qui sert une communauté constituée de noirs, d’autochtones et d’autres groupes racialisés d’être, à plusieurs reprises, mal informé de leurs histoires », peut-on lire.


Niels Kong a annoncé le 2 novembre, sur les ondes de Cabin Radio, qu’il compte présenter des excuses officielles dans le cadre de la prochaine rencontre du conseil municipal de Yellowknife, le 8 novembre.


C’est la seconde fois, en moins d’un mois, que le conseiller est pointé du doigt pour des propos inappropriés impliquant des groupes victimes d’oppression. Le 8 octobre, M. Konge a comparé les propriétaires des petites entreprises de Yellowknife affectées par la pandémie, dont il défendait alors les intérêts, aux victimes de la rafle des années soixante.


« [Les petites entreprises de Yellowknife] doivent fermer leurs portes à cause de forces qui les dépassent largement, comme ce fût le cas lors de la rafle des années 60. Le gouvernement a choisi d’enlever les enfants autochtones, et ces petites entreprises sont fermées par le gouvernement », a-t-il déclaré. La mairesse est intervenue après cette intervention, pour affirmer que les deux situations sont incomparables. M. Konge a présenté de brèves excuses au cours de cette même rencontre du conseil.

Une mesure discriminatoire ?

En faveur de l’imposition d’une preuve de vaccination dans les établissements municipaux, le conseiller Julian Morse a déploré que l’hésitation à se faire vacciner soit souvent fondée sur de la désinformation. « La décision de ne pas se faire vacciner a des implications. Il a été démontré que les risques d’attraper et de transmettre la COVID-19 sont plus élevés pour les personnes non vaccinées. Si on leur permet de fréquenter les établissements, les experts nous disent que cela met tout le monde à risque. »


M. Morse appelle aussi ses collègues à aligner leur décision sur les recommandations de l’administratrice en chef de la Santé publique des TNO. « Voir ce conseil municipal dévier des recommandations de la [Santé publique] est à mes yeux profondément préoccupant, a-t-il affirmé. La Santé publique s’appuie sur un nombre incroyable de données, des données qui évoluent chaque jour. Nous ne sommes pas formés pour comprendre ces données. Des agences mondiales conseillent les administrateurs de Santé publique, en fonction de milliers d’études scientifiques. »


M. Morse répondait ainsi aux arguments de ses collègues, qui ont avancé qu’une telle règle aurait pour effet de diviser la population et même d’ostraciser les personnes qui ont fait le choix de ne pas se faire vacciner. « Nous nous faisons une fierté d’être inclusif et de bien traiter tous les résidents, mais il semble que ce que nous faisons en ce moment va complètement à l’encontre de ces principes. Cette situation me fâche, elle est néfaste à la santé mentale et physique des résidents », a affirmé le conseiller Steve Payne, qui a fait valoir l’importance de ces installations sportives pour plusieurs résidents, spécialement en hiver.

Comme d’autres de ses collègues, M. Payne s’est montré perplexe face aux ordonnances et recommandations émis par la Santé publique. « [Cette mesure] nous donne un faux sentiment de sécurité. Je ne sais pas pourquoi nous n’avons pas simplement…. , a dit le conseiller, sans toutefois conclure sa pensée. La COVID-19 est là pour rester, a-t-il poursuivi, et nous devrons apprendre à vivre avec. [Cette situation] ravage notre économie. Je n’appuie absolument pas une obligation de vaccination. Le simple fait que nous en parlions me fâche. »


« Je ne connais rien de tous ces trucs médicaux, mais je ne vote pas sur des trucs médicaux », a indiqué la conseillère Stacy Smith, après avoir exprimé son inquiétude face à ce qu’elle conçoit comme une séparation de la population. « Nous empruntons un chemin où l’histoire semble se répéter, encore une fois, mais lui donnons simplement un autre nom. […] », a-t-elle dit, sans préciser sa pensée.

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