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COVID-19 : les TNO sont les plus touchés au pays

Les Territoires du Nord-Ouest affichent le plus haut pourcentage de cas totaux de COVID-19 dans sa population à travers tout le Canada. Une donnée qui surprend. Explications.


COVID: pourcentage de cas totaux dans chaque province ou territoire


Le variant Omicron a frappé fort aux TNO : quelque 13 % des résidents ont testé positif du début de la pandémie jusqu’au 31 janvier, alors que la moyenne canadienne est de 8 %. Le territoire est désormais la juridiction canadienne qui mène le bal en pourcentage de cas totaux dans sa population, si on se fie aux cas rapportés.


Le 15 décembre dernier, on comptait un total de près de 2200 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie aux TNO, dont une trentaine actifs. Fin décembre, le nombre de cas actifs s’est mis à augmenter graduellement pour exploser début janvier. Le 31 janvier, on dénombrait ainsi un total d’environ 6000 cas, soit une augmentation de 175 % par rapport au 31 décembre. Le variant Omicron a enregistré un record le 28 janvier avec 1040 cas actifs aux TNO, selon une donnée fournie par le Bureau de l’administrateur en chef de la santé publique.


« Le variant Omicron a causé un bond prodigieux aux TNO », constate Benoît Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie, lors d’un entretien par Zoom.


Mais, nuance-t-il aussitôt, quand vient le temps de comparer aux autres provinces ou territoires, il faut prendre d’autres facteurs en ligne de compte. « Il y a des provinces au Canada, comme le Québec, qui ne réussissent plus à tester leur population à cause de la contagion du variant Omicron. Il y a donc une énorme sous-estimation dans les cas journaliers. »


Dès le 4 janvier, le Québec a en effet renoncé à tester sa population générale avec ses tests PCR limités, les réservant au personnel soignant et aux personnes à risque. Les 10 % de cas confirmés dans sa population ne reflètent ainsi pas l’ampleur de la propagation de la COVID-19.


Portrait plus juste ?

« Si les TNO sont capables de fournir des tests à l’ensemble de leur population, ils auront un portrait plus juste », poursuit le professeur Benoît Barbeau.

C’est d’ailleurs ce que croit le Dr André Corriveau, administrateur en chef intérimaire de la santé publique.

« On est l’une des premières juridictions à avoir prédistribué beaucoup de tests rapides dans les communautés, les écoles et par d’autres moyens, dit celui qui remplace la Dre Kami Kandola qui est en vacances, lors d’un entretien virtuel. On avait aussi mis en place un système où les gens pouvaient, par téléphone, documenter le résultat de leur test. Je pense qu’on a une meilleure représentativité du nombre de cas réels, car beaucoup de provinces ont été prises au dépourvu. »

Quelque 38 % de tous les cas actifs rapportés en janvier aux TNO l’ont ainsi été par des citoyens qui ont signalé aux autorités que leur test rapide, réalisé à la maison, était positif. « Plusieurs provinces n’ont aucun moyen de compter ces tests-là, dit le médecin. C’est un avantage pour nous, même si ça nous fait paraitre pire. »

D’ailleurs, si, pour l’exercice, on soustrait l’équivalent de 38 % des cas rapportés en janvier, le pourcentage de cas totaux dans la population ténoise serait autour de 10 % plutôt que de 13 %. Avec les données actuelles, les TNO ont franchi les 10 % autour du 20 janvier, a estimé le Bureau de l’administrateur en chef de la santé publique.

L’expert en virologie Benoît Barbeau dit néanmoins douter que le variant Omicron ait fait augmenter de quelque 175 % le nombre de cas au Québec ou en Ontario, même avec une capacité suffisante pour tester. « C’est surprenant de voir à quel point l’Omicron a été important aux Territoires du Nord-Ouest quoique, ajoute-t-il, les restrictions y étaient importantes au début. »

En effet, la santé publique des TNO a eu une approche très agressive envers le coronavirus dès le début de la pandémie : fermeture du territoire, deux semaines d’auto-isolement dans des centres, etc. Si bien que le nombre de cas est longtemps resté minime comparé à ailleurs au Canada. C’est surtout au courant de l’été dernier, avec le plan de déconfinement « Une reprise avisée », que les mesures ont commencé à se relâcher. Jusqu’à début aout, le nombre de cas totaux depuis le début de la pandémie se situait à moins de 170. Puis, d’aout à décembre, l’arrivée du variant Delta a généré quelque 2000 cas avant que ne déferle en janvier son cousin, encore plus contagieux, l’Omicron.

Est-ce que les TNO ont testé plus ou moins que les autres juridictions sur leur territoire ? Moins, en moyenne. Pour 1000 individus, 872 ont été testées par un professionnel de la santé, comparativement à 1480 en moyenne au Canada. Cela dit, la surveillance des eaux usées aux TNO a aidé à optimiser l’utilisation des tests. Petit fait intéressant : tous les Ténois se souviennent de la commotion provoquée en mai 2021 par l’éclosion du variant britannique à l’école primaire N. J. Macpherson qui avait forcé un millier de personnes à s’isoler. Sur les quelque 4850 tests PCR réalisés en mai, 69 étaient positifs… Tandis qu’avec le virus Omicron, sur les 5045 tests PCR effectués en janvier, 3916 étaient positifs. Sinon, c’est chez nos voisins du Yukon, où l’effort pour tester la population est le plus bas, avec 212 tests par 1000 personnes.

COVID: test totaux par 1000 personnes


Près de 11 000 voyageurs

La période des Fêtes, qui amène son lot de déplacements aux TNO, a évidemment contribué à propager le virus Omicron.

« Entre le 15 décembre et le 15 janvier, 10 611 personnes ont voyagé », rapporte Richard Makohoniuk, gestionnaire des communications au Secrétariat de coordination pour la COVID-19. Le tout alors que les mesures restrictives pour les voyageurs entièrement vaccinés sont moindres : les recommandations pour les 72 premières heures suggèrent de limiter les contacts avec d’autres ménages, d’utiliser des tests rapides distribués aux aéroports et d’éviter des activités à risque, comme d’aller au restaurant.

Compte tenu de l’explosion de cas, les voyageurs ont-ils fait fi des recommandations ? « La transmissibilité avec l’Omicron est beaucoup plus grande que tous les variants précédents, répond le Dr André Corriveau. Quand ça entre dans une maison, on ne peut pas y échapper, surtout dans un contexte nordique en hiver. » Il rappelle que l’incubation est en moyenne de 3 à 5 jours, que des cas peuvent prendre plus de temps à se déclarer, ce qui peut contribuer à propager le virus, et que des gens baissent leur garde, car ils se sentent protégés avec le vaccin ou parce qu’ils sont fatigués des mesures restrictives.

Le professeur Benoît Barbeau ajoute que « les tests rapides antigènes sont moins efficaces qu’un test PCR ». Ainsi, même si une personne est prudente les 72 premières heures, elle pourrait reprendre ses activités à la suite d’un faux négatif et contaminer des gens, suggère-t-il.