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De nouveaux mots pour décrire et guérir

Avec la collaboration de l’Association des femmes autochtones des TNO, les langues autochtones des Territoires du Nord-Ouest ont subi, en juin, une importante mise à jour autour d’un thème que toutes les collectivités sont appelées à s’approprier.


Thomas Ethier IJL – Réseau.presse – L’Aquilon


Les interprètes et traducteur.rices Agnes Mitchell (langue gwich’in), Karen Mitchell (langue gwich’in), Agnes White (langue inuvialuktun), Judy Tchuthon (langue de l’esclave du Nord), Lena Drygeese (langue tłı̨ chǫ) et Andy Norwgian (langue Dehcho Dene Zhatié). (Crédit photo : Thomas Ethier)


Un groupe d’ainés, d’interprètes et de traducteurs des quatre coins du territoire, était rassemblé à Yellowknife du 31 mai au 2 juin dans le but de faire évoluer leurs langues respectives autour d’une toute nouvelle terminologie. Au terme de l’exercice, les cinq visages souriants, visiblement marqués par la tâche, ne cherchaient pas à dissimuler la gravité du thème abordé : les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées.


En plus d’être l’occasion de faire évoluer les langues ancestrales du territoire, l’atelier avait un objectif précis, soit de permettre à tous résidents des collectivités, peu importe leur âge, de donner leur avis sur le plan d’action provisoire découlant du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées.

Une langue, un lieu sûr

Les cinq collègues ont accepté de partager leur expérience et leurs réflexions aux journalistes, avant de reprendre la route. Comme répété par plus d’un, le sujet n’avait rien de léger. « Ce que nous avions à décortiquer, ce n’était pas seulement qu’un sujet avec des mots à trouver. Il s’agit de ce que nous vivons, entendons, voyons dans nos collectivités », souligne Karen Mitchell, interprète Gwich’in.


« Ce sont des termes très importants, à propos desquels nous éprouvons de la compassion. Il ne s’agit pas que de langue et d’interprétation. Cela aide nos gens à guérir, à accepter et à aller de l’avant dans ce processus », ajoute l’experte.


« Notre langue est un lieu sûr. En un seul mot, on peut tout mettre sur la table, résume Mme Mitchell. En un seul mot, on inclut les émotions et la guérison. Certains ne peuvent aller au-delà de la colère qu’ils ressentent face à ce qui leur est arrivé. Certains des mots apportent un sens, aident à la guérison. Nos mots apportent une sécurité », ajoute-t-elle.