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Il était une fois dans L’Aquilon : l’affaire de la mine Giant

Dernière mise à jour : 10 déc. 2021

De 1990 à 1993, L’Aquilon couvre l’un des évènements marquants de l’histoire moderne des Territoires du Nord-Ouest. L’affaire de la mine Giant a bouleversé l’équilibre social et économique de Yellowknife. Le journal témoigne de ce mouvement gréviste violent, relate l’incompréhension patronale et élabore des dossiers inédits sur l’enquête consacrée à l’attentat à la bombe survenu en 1992.



Entre 1930 et 1940, de nombreuses mines ouvrent autour du Grand lac des Esclaves. La mine Giant produit de l’or dès 1948 et devient l’un des piliers économiques des Territoires du Nord-Ouest, à tel point que les revenus d’impôts des seuls travailleurs de celle-ci représentent 10 % des revenus d’impôts de l’ensemble des salariés des TNO. Le métier de mineur constitue un travail harassant et dangereux. L’Aquilon publie régulièrement des avis de décès de ces travailleurs « victimes d’accidents néfastes […] tués en gagnant leur pain. »


En 1990, la firme Royal Oak Mines inc., dirigée par Peggy Witte, fait l’acquisition de la mine Giant. Seulement, deux années plus tard, la dirigeante annonce que la mine n’est plus rentable puisque ses principaux filons d’or sont épuisés. Déterminée à la rentabiliser de nouveau, elle décide de réduire les avantages sociaux des mineurs, d’instaurer une discipline rigide et de réduire le salaire des mineurs de 6 %. La nouvelle propriétaire et le syndicat ne parviennent pas à trouver un accord sur les conditions de travail, l’intervention du conciliateur n’y changera rien. C’est le début d’une longue et violente bataille opposant patronat et salariés.

La tragédie du 18 septembre 1992

Le 23 mai 1992, un mouvement de grève est initié en réponse à la déclaration du ministre du Travail de l’époque, Marcel Denis, qui refuse d’intervenir dans le conflit malgré le fossé qui sépare les deux camps. En réaction, la dirigeante Peggy Witte fait venir des travailleurs du Sud en hélicoptère pour remplacer les grévistes, provoquant ainsi la fronde immaitrisable des mineurs face aux briseurs de grève. Ce mois marque la naissance « d’un conflit dominé par la violence et l’incompréhension », qui divise Yellowknife.


Le mouvement bascule en septembre 1992. Une explosion se produit dans les conduites souterraines de la mine lors du passage d’un wagon ayant à son bord neuf mineurs. Parmi eux, des travailleurs qui ont franchi les piquets de grève pour retourner au travail et des travailleurs de remplacement. Tous sont tués dans l’antre du géant. La Gendarmerie royale du Canada confirme que l’acte est d’origine criminelle, il s’agit d’un attentat à la bombe.


Dans son édition spéciale du 25 septembre 1992, L’Aquilon interroge la dirigeante très controversée Peggy Witte et oppose ses réponses à Jim Evoy, Président de la Fédération du travail des TNO. Au même moment, la tension à Yellowknife atteint son paroxysme, la première ministre Nellie Cournoyea lance un appel au calme.

Désastres humain et environnemental

En 1993, L’Aquilon dédie ses pages à l’affaire. La journaliste Karen Lajoie revient sur ce mouvement de contestation et ses conséquences. « La ville, fière de son riche héritage de mines d’or, se retrouve aujourd’hui divisée par les mêmes pouvoirs qui ont contribué à sa fondation il y a 60 ans », écrit la reporter. Roger Warren, un mineur chevronné, est déclaré coupable de neuf chefs d’accusation de meurtre au deuxième degré en 1994. Après de multiples rétractations sur ses aveux, il purgera 18 ans de prison. Il meurt en 2019 en Colombie-Britannique.


L’affaire de la mine Giant a eu des conséquences désastreuses pour Yellowknife. D’une part, des pertes humaines avec l’attentat à la bombe, mais aussi des drames humains qui perdurent, puisqu’en 2000 des mineurs retraités livraient une bataille pour rehausser leurs retraites. Suite à la faillite déclarée de la compagnie Royal Oak Mines inc., les syndics ont constaté que l’ancienne propriétaire n’avait pas contribué au fonds de pension durant plusieurs années. Conséquence, la retraite de certains salariés ayant cumulé 30 ans d’ancienneté s’élevait tout juste à 350 $ par mois. « Si le gouvernement est capable de payer 250 millions de dollars pour décontaminer le dégât de Peggy Witte, il peut certainement trouver quelques millions de dollars pour combler le fonds de pension des travailleurs », affirme le président du Syndicat national des travailleurs et des travailleuses de l’automobile, Buzz Hargrove, venu soutenir les demandeurs.


D’autre part, les activités aurifères de la mine ont ravagé la partie ouest de la baie de Yellowknife. De 1948 à 2004, sept millions d’onces d’or ont été extraites de la mine Giant produisant plus de 237 000 tonnes de trioxyde de diarsenic lors du grillage du minerai. Ce poison a pollué et contaminé l’ensemble du milieu naturel avec des conséquences environnementales et humaines dramatiques pour les Territoires du Nord-Ouest. Le gouvernement fédéral est chargé du plan de remédiation et, après 20 ans d’évaluation, les travaux d’assainissement du site débutent à l’été 2021.