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Il fait clair aux TNO

Dernière mise à jour : 14 févr.

À mijoter pendant les blues des longues nuits hivernales : les TNO jouissent d’une clarté à rendre jaloux les gens du Sud.


Février, enfin. Les journées se prolongent de plus en plus. Bien que l’obscurité se fait pesante l’hiver et que certains pestent contre les nuits qui s’éternisent, les Territoires du Nord-Ouest bénéficient d’une très grande clarté durant l’année, de quoi faire pâlir d’envie les gens du Sud. Lumière sur le tout.


Les longues nuits d’hiver perdent, ces jours-ci, six minutes d’obscurité par jour à Yellowknife. Depuis le solstice d’hiver, le 21 décembre, Yellowknife a gagné trois heures et trente minutes entre le lever et le coucher du soleil. Et les citoyennes et citoyens de la capitale auront peut-être remarqué que le soleil se couche même après 17 h depuis ce mercredi !



On oublie vite, lors des longues nuits d’hiver, qui riment avec dépression saisonnière pour certains, à quel point, l’été, celles-ci sont courtes.


La quantité d’heures de jour dépend de la latitude et de la manière dont la Terre orbite autour du Soleil. L’axe de rotation de notre planète est incliné à 23,5 degrés et pointe toujours dans la même direction, soit vers l’étoile Polaire. Ainsi, lorsque la Terre tourne autour du Soleil durant une année, son axe pointe parfois vers celui-ci, parfois en direction opposée.


« En été, le côté nord de l’axe de la Terre penche vers le Soleil, alors l’hémisphère nord reçoit plus de lumière et, plus on monte vers le cercle arctique, plus on en reçoit. C’est le contraire en hiver », explique Stephen Gwyn, spécialiste de données scientifiques au Centre de recherche Herzberg en astronomie et en astrophysique du Conseil national de recherches Canada, lors d’une entrevue sur Zoom.



Le nombre d’heures d’illumination par jour correspond au nombre d’heures entre le lever et le coucher du Soleil, ainsi qu’à la longueur des crépuscules du matin et du soir. On considère que le soleil se lève et se couche lorsque la partie supérieure du disque solaire apparait ou disparait au-dessus de l’horizon marin au niveau de la mer. Ce qu’on observe sur le terrain peut ainsi varier selon qu’il y a des montagnes ou des vallées.


Grâce à leur latitude nordique, les Territoires du Nord-Ouest reçoivent plus de lumière dans une année que les villes canadiennes plus au sud – il fait clair 500 heures de plus par année à Yellowknife qu’à Vancouver ou Montréal. Et même si, à Tuktoyaktuk, par exemple, le soleil reste couché pendant 46 jours l’hiver, le fait que notre astre y soit levé 24 heures sur 24 pendant 68 jours durant l’été change la donne.


C’est d’ailleurs à Tuktoyaktuk que plafonnent les heures de clarté par année, soit de 5513 heures, dans lesquelles sont incluses 916 heures de crépuscule.


Si vous venez d’une localité du Sud, vous avez probablement déjà remarqué à quel point les crépuscules sont plus longs dans le Nord. L’hiver, le Soleil reste certes levé moins longtemps à Yellowknife qu’à Vancouver ou Montréal, pour reprendre ces villes en exemple, mais le crépuscule baignera de sa lueur rose l’horizon jusqu’à deux fois plus longtemps.


Durant la saison froide, le Soleil ne se lève plus aux latitudes supérieures à 67,4 degrés, ce qui est légèrement au sud de Fort McPherson et de Tsiigehtchic. Ces collectivités de 737 et de 190 habitants respectivement comptent 7 jours d’obscurité totale par année, contre 46 jours où le soleil ne se couche pas. La centaine d’habitants de Sachs Harbour, tout au nord des TNO, ne voient pas le soleil pendant 70 jours de suite, mais profitent de sa présence 24 heures sur 24 pendant 88 jours.


Le crépuscule à Yellowknife dure en moyenne deux fois plus longtemps qu'à Montréal, par exemple. Sur cette photo, sa lumière rose baigne le ciel au-dessus des maisons-bateaux. (Crédit photo: Marie-Soleil Desautels)

Autour du solstice de juin, il fait toujours clair dans presque tous les Territoires du Nord-Ouest. En effet, même si le Soleil ne se couche alors plus aux latitudes supérieures à 65,7 degrés – soit quelque part entre Norman Wells et Fort Good Hope – les crépuscules civils, eux, ne prennent pas fin au-delà de 60,6 degrés de latitude, soit près d’Entreprise. Cette ville d’une centaine d’habitants jouit ainsi de 14 jours avec 24 heures de clarté bien que le soleil s’y couche. À Fort Smith, quelque 60 kilomètres au sud, la noirceur de la nuit parvient à occuper le ciel du 21 juin pendant un peu plus d’une heure et demie.


Il est intéressant de noter qu’au-delà d’une certaine latitude dans le Nord, on ne gagne plus en clarté, on en perd. À Fort Good Hope, par exemple, on compte plus d’heures entre le lever et le coucher du soleil qu’à Inuvik. Mais Inuvik aura plus d’heures de crépuscules. Encore plus au nord, comme à Sachs Harbour, il y a moins d’heures de jour et moins d’heures de crépuscules. « Ces changements s’opèrent aux latitudes 66,7 et 69,6 degrés, où, au-delà de celles-ci, on perd dans les heures de jour et dans les heures de crépuscules », dit l’expert Stephen Gwyn.


Et pourquoi compte-t-on toujours plus de jours où l’on considère que le soleil est levé 24 heures que de jours où il est couché ? « Parce que, le soleil, ce n’est pas un point, c’est un disque, explique le spécialiste Stephen Gwyn. Quand il y a juste un petit peu de soleil qui dépasse le niveau de la mer, on considère que c’est illuminé. Par contre, il faut que tout le soleil soit couché pour qu’il fasse noir. C’est donc un biais envers le fait que c’est illuminé. »

Apprécions donc ce biais, avant que le soleil ne se couche.