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« Ils vivent au lieu d’endurer leur vie »

Des itinérants ont l’occasion de participer à un camp de ressourcement sur le territoire au cœur d’Aurora Village. Mais pour combien de temps ?


Une vingtaine de tipis installés près d’un lac sont propices à l’observation d’aurores. Ils ne sont pas utilisés par le camp de guérison. (Courtoisie Aurora Village)

Depuis bientôt quatre mois, plutôt que des touristes en quête d’aurores boréales, l’Aurora Village accueille des sans-abris. Ce qui ne devait être qu’un lieu où protéger les itinérants de la COVID-19 est devenu un camp de mieux-être aux résultats encourageants. Celui-ci pourrait continuer en parallèle avec le retour des touristes, si le financement se prolonge. Faute de quoi, le camp fermera d’ici deux semaines.


L’idée se voulait toute simple au départ. C’est l’ancien chef national déné, Norman Yakeleya, qui a suggéré de trouver un moyen de protéger des itinérants de la COVID-19 en les retirant des rues de Yellowknife, raconte le directeur des Terres et de l’Environnement de la Nation dénée, Trevor Teed. Il s’est investi corps et âme dans ce qui est devenu un important projet. « L’aspect de mieux-être ou de guérison n’était même pas initialement prévu », dit-il.


De fil en aiguille, l’idée a muri ; ils voulaient offrir aux itinérants un accès au territoire, à la culture, à un lieu de guérison. À la suite de recommandations, poursuit le directeur, ils ont élaboré un programme de consommation contrôlée d’alcool pour en distribuer à ceux qui en dépendent afin d’éviter des symptômes de sevrage.


Bien que le camp soit ouvert à tous les itinérants de la capitale depuis fin novembre, l’initiative cible d’abord les Autochtones. Ils représentent d’ailleurs 92 % des 312 sans-abris dénombrés lors d’un recensement ponctuel réalisé pour la municipalité de Yellowknife en 2021.


Le camp, qui a une capacité d’accueil de 25 participants, leur offre ainsi des activités, comme de piéger le lapin au collet, de poser des filets et de pêcher, de pratiquer le traineau à chiens ou de coudre. Les responsables suggèrent également des prières traditionnelles et des cercles de guérison. Un conseiller en traumatisme et deux ainés, qui ont vécu dans la rue et surmonté leurs propres dépendances, y travaillent.


Les participants vivent au cœur de la nature sur le site enchanteur de l’Aurora Village, à une vingtaine de kilomètres de Yellowknife. Ils dorment sous les tipis près d’un poêle à bois qui gronde. Ils marchent chaque jour dans la neige immaculée qui craque sous leurs pieds. Ils mangent dans l’immense salle à manger couverte de boiseries, bâtie pour accueillir confortablement 150 touristes.


Les participants du camp dorment dans des tipis. (Courtoisie Aurora Village)


Trevor Teed visite souvent le site. « La majorité de nos invités, lorsqu’ils arrivent, sont refermés, agressifs, sceptiques. Ils n’ont pas confiance », dit-il. Pour lui, un itinérant qui vient au « camp de guérison » y est un « invité », insiste-t-il, expliquant que c’est un intervenant qui les rencontre dans la rue pour leur offrir d’y aller. « Lorsqu’ils sentent le respect auquel ils ont droit sur place, ils changent. Ils s’ouvrent, sourient, boivent moins ou arrêtent de boire. Ils s’éveillent. C’est un changement incroyable ! »


La Nation dénée a obtenu un premier financement fédéral de 1,32 million $ l’automne dernier pour exploiter le camp de mieux-être pendant 60 jours, soit jusqu’au 31 janvier, explique Trevor Teed. Un second financement fédéral, de 1,49 million $, permet de le maintenir jusqu’au 31 mars.


Après, c’est l’inconnu.


« Le problème, c’est que tout l’argent vient de fonds fédéraux liés à la covid, dit le directeur. Les règlements ont changé depuis. Les ministères attendent qu’Ottawa dépose son budget. On saura alors si, oui ou non, on pourra avoir d’autres fonds. » Le gouvernement territorial n’a pas financé le projet ni fourni des services en santé, une requête qu’avait faite l’organisme.


Ottawa en fera-t-il plus ? « Services aux Autochtones Canada considère des options pour obtenir du financement additionnel pour le Fonds de soutien aux communautés autochtones [NDLR : le camp a été financé par ce fonds], écrit par courriel Matthew Gutsch, porte-parole pour Services aux Autochtones Canada et Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. Nous travaillons avec des collègues de divers services pour déterminer si d’autres sources de financements pourraient être disponibles pour soutenir cette initiative. »


Quant au gouvernement territorial, cette réponse a été envoyée par courriel par Jeremy Gibson Bird, gestionnaire aux communications du ministère de la Santé et des Services sociaux : « Pour le moment, il n’y a pas de financement disponible et nos effectifs pour fournir des soins sont limités à cause de la pandémie et des postes vacants. […] Nous continuons à discuter avec eux. »

La salle à manger, vue de l’extérieur. (Courtoisie Aurora Village)


Des itinérants et des touristes

Le camp a été fondé en partenariat avec divers organismes autochtones et l’Aurora Village, un exploitant touristique dont les activités ont cessé avec la pandémie et n’ont pas encore repris.