Le Pape recevra les dirigeants autochtones, inuits et métis

Les dirigeants autochtones, inuits et métis du Canada se rendront au Vatican du 17 au 20 décembre, sur invitation du Pape François, pour y exiger des excuses officielles au nom des victimes des pensionnats autochtones et de leurs familles. Le chef national de la Nation Dénée, Norman Yakeleya, qui fera partie de la délégation, en a fait l’annonce le 14 octobre en conférence de presse.


La délégation, à laquelle prendra part le Chef Yakeleya, profitera de cette visite pour inviter le Pape au Canada, en terres autochtones, pour y formuler des excuses au nom de l’Église catholique romaine. Il y a près de vingt ans qu’un souverain pontife n’a pas mis les pieds au pays.


L’Assemblée des Premières Nations en serait actuellement à recueillir les propos des membres des collectivités, afin de préparer le message qui sera livré au Vatican dans deux mois. En plus des dirigeants autochtones, certaines victimes des pensionnats indiens pourraient également faire partie de la délégation, dont la composition reste à élaborer.


Le Pape réclamé au Canada


« Étant moi-même survivant des pensionnats, je n’ai jamais pensé que ceci irait aussi loin, a partagé le Chef Yakeleya. Je n’aurais jamais cru que Sa Sainteté inviterait un jour les survivants des pensionnats indiens à Rome, pour nous écouter et entendre ce que nous exigeons de l’Église catholique. »


Bien qu’il se dise heureux de cette invitation, M. Yakeleya a souligné qu’il y a maintenant six ans que l'Assemblée des Premières Nations réclame une visite du Pape au pays. « Nous y travaillons depuis le dévoilement des recommandations entourant la Commission Vérité et Réconciliation. Nous avons été patients, estime-t-il. Il y a maintenant six longues années que nous demandons à l’Église catholique romaine de venir au Canada pour y présenter ses excuses ».


« Personnellement, j’aimerais dire que ce qui est arrivé à moi-même et à ma famille, demander ses excuses pour ma mère, ma grand-mère et mon grand-père, pour la façon dont ils nous ont traités, dont ils nous ont blessés, nous qui étions des enfants de dieu, a partagé le Chef. Je veux l’entendre dire, au nom de l’Église catholique, qu’il est véritablement désolé, et qu’il veut marcher sur le chemin de la guérison avec nous, pour arranger les choses et aider les personnes autochtones à être respectées et reconnues pour qui nous sommes et d’où nous venons. »


Évêques canadiens : des excuses « discutables »


En septembre dernier, la Conférence des évêques catholiques du Canada a présenté des excuses officielles aux victimes de pensionnats. Le Chef Yakeleya qualifie aujourd’hui ces excuses de « discutables ». « Ils ont démontré que nous avons encore du travail à faire avec eux. Ils se justifient et rationalisent la situation, ils essaient d’échapper à toute la force du rôle qu’ils ont joué dans l’administration de ces pensionnats », souligne-t-il, évoquant les compensations de plusieurs millions qui resteraient encore à verser aux survivants.


À ses yeux, les évêques canadiens s’affairent à trouver des vides juridiques afin de se dédouaner des gestes qu’ils ont commis. « Nous négocions avec le diocèse comme avec une corporation, une entreprise. Les survivants ne sont pas satisfaits, on ne peut pas laisser aller cette situation. Aujourd’hui, nous sommes sobres. Nous pouvons voir avec nos yeux, entendre avec nos oreilles, et quelque chose ne sent pas bon… »


« Nous devons aujourd’hui travailler avec eux, mais nous devrons également être honnêtes et dire la vérité : ils ne pourront pas s’en sortir aussi facilement. En sortant du pensionnat d’Inuvik, quand j’ai fini l’école, en pensant aux abus que j’ai subis, une pensée me restait en tête : “ils s’en sont tirés”. Je ne dirais à personne ce qui m’est arrivé au pensionnat, mais de tout mon cœur, je me suis dit : “ils s’en sont tirés”. Aujourd’hui, c’est différent. Tout ce qui leur en reste, c’est la vérité. »


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