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« Minéraux critiques » : le rêve économique des Territoires du Nord-Ouest

Dernière mise à jour : 4 mai

Les minéraux d’avenir que recèlent les Territoires du Nord-Ouest sauront-ils combler le grand vide que creusera l’industrie du diamant dans notre économie ?


Thomas Ethier IJL – Réseau.presse – L’Aquilon


En pleine émergence au pays, le secteur dit « des minéraux critiques » génère de grandes attentes pour l’économie déclinante des Territoires du Nord-Ouest. Le gouvernement entrevoit d’ores et déjà sa place à la table des leadeurs de l’industrie canadienne des nouvelles technologies à faible empreinte carbone. Tout juste sortie d’incubation, l’industrie ténoise des minéraux critiques devra toutefois attirer les investisseurs. Sur ce plan, rien n’est encore garanti.


Le ministre des Transports du Canada, Omar Alghabra, était à Yellowknife le 20 avril, pour parler de l’avenir du territoire au sein de l’industrie canadienne des minéraux critiques. « Les TNO sont parmi les régions canadiennes les plus riches en ressources naturelles qui aideront le Canada à combattre les changements climatiques, a-t-il souligné. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui, à Yellowknife. Je sais que vos mines vont aider non seulement le territoire, mais l’ensemble du pays. »

Omar Alghabra, ministre des Transports du Canada, s’est joint en conférence de presse à Caroline Wawzonek, ministre des Finances des TNO, devant un avion de la compagnie ténoise Air Tindi. (Crédit photo : Thomas Ethier)


Sa place dans la chaine

Les « minéraux critiques » sont essentiels, notamment, à la fabrication des batteries qui composent les voitures électriques, les avions ou encore les téléphones cellulaires. Le gouvernement fédéral parle de « minéraux et métaux nécessaires à l’atteinte de l’objectif de carboneutralité d’ici 2050 », selon ce qu’on lit dans un communiqué du ministère des Transports.


Dans son Budget 2022, Ottawa entend investir 3,8 milliards $ pour la mise en place de la toute première stratégie sur les minéraux critiques au Canada, et accorder d’importants crédits d’impôt pour les activités d’exploration privées ciblant, entre autres, le nickel, le cuivre, le cobalt, l’uranium, ou les éléments des terres rares.


Le gouvernement territorial – qui doit dévoiler sa stratégie sur les minéraux critiques à l’automne 2022 – n’aspire pas moins qu’à la position de leadeur canadien dans le domaine, selon ce qu’indique la ministre des Finances, Caroline Wawzonek. « Les TNO représentent le départ essentiel d’une chaine de traitement des métaux et minéraux critique véritablement canadienne », a-t-elle commenté aux côtés du ministre Alghabra.


À l’heure actuelle, quatre projets d’extraction de minéraux critiques sont en branle au TNO, incluant la mine de terres rares Nechalacho, qui, en 2021, devenait la toute première mine canadienne à extraire des terres rares. La production est appelée à décupler en 2022, selon les gestionnaires, et une usine de traitement est actuellement en construction en Saskatchewan.

Une bureaucratie à abattre

Un enjeu de longue date freinerait toutefois l’intérêt des investisseurs privés, appelés à jouer un rôle majeur dans la croissance de l’industrie. Selon le président de la Chambre des mines des TNO et du Nunavut, Tom Hoffer, les TNO peinent à attirer les projets d’exploration, à l’origine de toutes nouvelles mines. « Nous ne parvenons pas à attirer des investissements à la hauteur de notre potentiel », indique-t-il.


Les résultats d’un récent sondage de l’Institut Fraser publié en avril 2022, mené auprès de gestionnaires de l’industrie minière expliquent le phénomène. Au chapitre de l’indice de perception des politiques – qui indique l’attrait des politiques gouvernementales aux yeux des gestionnaires d’exploration minière –, par exemple, les TNO se trouvent bons derniers au Canada, au 12e rang.


Le problème résiderait dans la complexité de la règlementation. « Le problème aux TNO, c’est que les projets qui n’ont sont qu’à l’étape d’exploration sont traités de la même manière que les grandes mines bien établies, indique M. Hoeffer. La Chambre des mines travaille présentement avec le gouvernement des TNO et l’Office de règlementation des terres et des eaux, pour essayer d’apporter des améliorations. »


Le président de la Chambre des mines voit aussi d’un bon œil les initiatives promises par Ottawa dans le Budget 2022. « La vitalité des projets d’exploration a un effet dans la viabilité de l’industrie minière, souligne-t-il. L’exploration est une activité à haut risque. Un projet sur mille devient une mine, et nous devons avoir plusieurs projets d’exploration en branle. Il faut le faire aujourd’hui, pour espérer avoir de nouvelles mines dans dix, voire 20 ans. Sur ce plan, ce fut relativement calme aux TNO ces dernières années. »


Les TNO subiront en 2025 la fermeture de la mine de diamant Diavik, employeur majeur que les quatre projets combinés d’extraction de minéraux critiques actuellement en branle n’arriveront pas à remplacer. « Pour l’instant, rien ne garantit que nous pourrons remplacer notre industrie du diamant, qui a joué un rôle majeur dans notre économie durant des décennies, souligne M. Hoeffer. C’est pourquoi il est important d’attirer les investisseurs vers l’exploration du territoire. »

Un rêve réaliste

Quelles sont les attentes concrètes d’Ottawa envers le secteur ténois des minéraux critiques pour les prochaines années ? Questionné à ce sujet, le ministre Alghabra parle d’une forte demande au pays et d’important investissement dans le Budget 2022, sans, toutefois, avancer de prévisions en matière de production.


« Mes attentes, c’est que nous allons continuer à faire croitre cette industrie. Le Canada est l’un des seuls, sinon le seul, pays au monde qui ont tous les éléments de la chaine d’approvisionnement, incluant les matériaux bruts nécessaires à cette nouvelle ère de production zéro émission vers laquelle nous nous dirigeons », a résumé M. Alghabra.


« Je n’ai pas de projections sur la valeur réelle qu’aura la production dans le secteur des minéraux critiques, en comparaison des mines de diamant, répond pour sa part Tom Hoeffer. Je ne peux pas vous dire de quelle manière ces activités vont se comparer à celles de la mine Diavik. Mais sur le plan de l’emploi, les quatre projets en dévelo