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Pénurie de logements : la ministre Chinna porte les revendications autochtones à Ottawa

Si Ottawa dédie d’importantes sommes au logement, y accéder serait une autre paire de manches. C’est ce qu’a avancé la ministre Paulie Chinna, en mars, devant des députés fédéraux, qui se penchent sur les conséquences de la pénurie de logements chez les groupes autochtones partout au pays.


Thomas Ethier IJL – Réseau.presse – L’Aquilon


Paulie Chinna, ministre responsable de la Société d’habitation des TNO, notamment responsable de l’offre de logements sociaux à travers les 33 collectivités du territoire. (Capture d’écran du Parlement canadien)


La ministre responsable de la Société d’habitation des TNO, Paulie Chinna, a eu l’occasion, en mars, de détailler à la Chambre des communes les obstacles qui privent depuis des décennies plusieurs résidents des 33 collectivités du territoire d’un logement adéquat. Elle-même originaire de Fort Good Hope, d’où elle dit observer cet enjeu depuis son enfance, la ministre a déploré que l’offre de logement abordable aux TNO stagne depuis les cinquante dernières années.


« À part le Nunavut, aucune autre administration canadienne que les Territoires du Nord-Ouest ne dépend des logements sociaux », a souligné d’entrée de jeu la ministre Chinna. Présidé par le député libéral Marc Garneau, le comité permanent des affaires autochtones et du Nord aura entendu, depuis février, quelque 22 témoins d’un enjeu qui affecte spécialement les collectivités inuites, métisses et des Premières Nations du pays.


Fruit d’une récente entente avec Ottawa, 90 logements sociaux sont présentement en construction aux TNO, qui en compte environ 2600. Mme Chinna prévient que l’avenir s’annonce dispendieux, alors que les couts de construction montent en flèche, tout comme les couts d’entretien de nombreuses habitations vieillissantes. « En tant que ministre, l’une des questions que je pose, c’est jusqu’à quand devront nous payer pour entretenir des logements vieux de cinquante ans ? », a-t-elle résumé.

Des obstacles administratifs

Si elle reconnait les efforts menés par Ottawa par de nouveaux programmes de financement, la ministre déplore la lourdeur de processus qui se dresseraient devant plusieurs initiatives locales. « Des organisations autochtones tentent d’accéder aux fonds offerts par le gouvernement fédéral, mais n’ont pas les ressources pour collecter la grande quantité d’information requise pour les types d’habitations dont ils ont besoin, et remplir les demandes de financement », a fait valoir la ministre.


Mme Chinna a également insisté sur l’importance pour le gouvernement d’obtenir un financement direct et flexible du gouvernement fédéral, qui permet d’appuyer des solutions réellement adaptées à chaque collectivité. « Les fonds du gouvernement fédéral pour le logement aux TNO doivent être assez flexibles pour permettre au GTNO de déterminer ses propres priorités, qui peuvent être différentes de celles des autres territoires ou provinces du Canada, a-t-elle expliqué. »


En plus de dépendre grandement des logements sociaux, plusieurs collectivités isolées des TNO font face à des couts de construction substantiels. Selon la ministre, il en coute jusqu’à quatre fois plus cher pour des matériaux livrés par avion vers des chantiers sans accès routier. « Une résidence de trois chambres à coucher construite à Inuvik peut ainsi atteindre une valeur de 1,5 million $. Une maison construite à Fort Smith, à la frontière de l’Alberta, sera beaucoup plus abordable » a-t-elle illustré.


Également ministre responsable de l’itinérance, Paulie Chinna a rappelé les enjeux sociaux auxquels sont confrontées les personnes mal logées, incluant la violence familiale et les problèmes de dépendances. « J’observe de longues listes d’attente pour accéder à un logement dans la plupart des petites collectivités, et je rencontre plusieurs personnes mal logées dans les rues de Yellowknife. La grande majorité de ces personnes sont autochtones », a-t-elle souligné.

Échec humanitaire dans le Nord

« Je dois confesser que je me trouve ici en tant que députée conservatrice partisane d’une intervention limitée de l’État et de dépenses responsables, et je suis consternée et troublée par ce qui m’apparait clairement comme un échec humanitaire colossal dans le Nord canadien », a indiqué la députée conservatrice et membre du comité, Shannon Stubbs, après avoir entendu les témoignages.


Cette déclaration aura ouvert la période de questions, à laquelle ont pris part des députés des principaux partis canadiens. Partageant son temps de paroles avec son homologue des TNO, le président de la Société d’habitation du Nunavut, Eiryn Devereaux, a dressé un sombre portrait des enjeux auxquels sont confrontés les résidents des collectivités inuites du territoire. « La situation ne s’améliore pas. Elle ne fait qu’empirer », a-t-il résumé au comité.


À l’heure actuelle, la Société d’habitation du Nunavut entretient environ 5 800 logements sociaux, qui représentent environ 70 % de l’offre au Nunavut. Sur les quelque 39 000 résidents du territoire, environ 3 000 familles seraient présentement sur la liste d’attente pour accéder à un logement social, selon le président.


« Environ 35 % des habitations du Nunavut seraient surpeuplées, une proportion qui grimpe à 66 % dans les ménages inuits », a-t-il souligné. Cette situation entrainerait de graves enjeux sociaux en plus d’exposer la population à des éclosions de tuberculose dans certaines collectivités, sans compter les risques associés à la COVID-19. « Il n’y a pas une personne qui n’est pas affectée par cette situation au Nunavut », a avancé M. Devereaux.


Selon le gouvernement du Nunavut, 5 000 nouvelles habitations seraient nécessaires pour répondre à la demande réelle. Selon la Société d’habitation, de 250 à 300 nouvelles unités devraient être construites par année pour les cinq prochaines années. Il s’en construit présentement entre 75 et 100 par année. « Cela est loin de répondre à la demande, a fait valoir le président de la Société d’habitation du Nunavut. Chaque année, nous faisons un pas en avant, et deux en arrière. »


Également présente, la présidente de la Igloolik Housing Association, Raigili Amaaq, a fait savoir qu’il n’est pas rare, dans la collectivité d’Igloolik, que 16 à 20 membres d’une famille partagent un même logement. « 183 personnes sont sur la liste d’attente, mais certains ne prennent pas la peine de s’y inscrire, sachant qu’il est presque impossible d’obtenir un logement, a-t-elle affirmé. Des gens vivent avec leurs parents, des cousins, ou des frères et sœurs. Certains attendent le décès de leurs parents pour pouvoir enfin avoir leur logement. Pourquoi devrions-nous vivre de cette façon en 2022 ? »