• Nicolas Servel

Plonger dans Parry

Des plongeurs venus de partout au Canada peaufinent techniques et connaissances en matière d’interventions sous-marines dans le canal de Parry en Extrême-Arctique.


Outre la surveillance et la valorisation de la souveraineté canadienne du Haut-Arctique, l’opération Nunalivut est l’occasion d’améliorer la capacité des Forces armées canadiennes (FAC) à opérer dans des conditions extrêmes, de cultiver la coordination et la collaboration dans le cadre des opérations pangouvernementales, et de faciliter l’interopérabilité avec leurs partenaires de mission pour assurer l’efficacité maximale des interventions en cas de problème de sécurité dans le Nord.



Composer avec les éléments

Le plus grand défi est de s’adapter au climat et au froid, pour effectuer des missions dans des conditions très difficiles et souvent imprévisibles, en particulier en ce qui concerne l’équipement, la logistique et « les petites choses » qui demandent plus de temps à réaliser dans l’Arctique.

« Que fait-on si on arrive sur place et que la corde d’extension se brise parce qu’il fait -50 degrés ? Il faut penser à comment alimenter le générateur et comment connecter le reste de notre équipement (comme l'air comprimé), juste à cause d’un maillon de la chaîne qui est brisé », expose le lieutenant Samuel Mercier de la Marine royale canadienne (MRC) qui supervise l’exercice.


Durant les 17 jours de l’opération Nunalivut, les plongeurs n’en passeront que 4 sous l’eau car, comme le rappelle, le lieutenant « partir d’ici est aussi difficile que d’y arriver ». Une fois sur le terrain, il aura notamment fallu 5 heures pour percer l’ouverture à travers 1,5 mètre de glace qui recouvre le canal de Parry au large de Resolute Bay.


Mise au point par Recherche et Développement pour la Défense canadienne, une perforatrice à injection d’eau chaude est devenue l’outil de prédilection pour ces interventions. La perforatrice à glace fait fondre la neige et chauffe l’eau ainsi produite à haute température, grâce à une grande chaudière. L’eau chaude est ensuite pompée vers la tête de forage par un tuyau souple puis expulsée par des trous dans la tête de forage, créant des fentes étroites dans la glace. C’est ainsi que sont créés de gros blocs de glace qui s’extraient rapidement.

Enfin sous l’eau

Après des mois de préparation et plusieurs jours pour acheminer les troupes et leur équipement au large de Resolute Bay, les plongeurs ont enfin pu se jeter dans une eau cristalline, qui fait à peine 1 degré. Grâce à des combinaisons de plongée spécialement adaptées au froid, de l’air comprimé alimenté depuis la surface, les plongeurs peuvent rester sous l’eau durant de longues périodes. Mais pour cet exercice, leurs immersions s’échelonnaient par des rotations d’une vingtaine de minutes.


« À 1 degré, il est presque mieux d’être dans l’eau qu’à l’extérieur, plaisante Jon Flemming de l’unité de plongée de la GRC. C’est la première fois pour ma part que je plonge dans l’Arctique, et même si la glace au-dessus de nos têtes peut être intimidante, c’est une expérience incroyable au vu de toute la logistique, de l’équipement et des hommes qui sont mobilisés. »

Travailler ensemble

Au total, 29 plongeurs issus de différentes unités se prêtent à l’exercice. Quatorze d’entre eux sont des militaires de l’Unité de plongée de la Flotte Atlantique de la MRC basés à Halifax, 5 sont des plongeurs de combat et 10 font partie de l’Unité de plongée de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), venus de partout au pays.


Quatre types de plongeurs participent à l’opération Nunalivut 2017 avec des missions variées allant de la reconnaissance d’objectifs aux missions d’investigation, à la destruction de cible ou d’opérations de déminage, en passant par l’exécution de tâches d’ingénierie navale.


Si les mandats sont différents, il est nécessaire pour le bon déroulement des opérations que les différentes unités soient capables de travailler ensemble et d’apprendre les techniques des uns et des autres, afin de répondre efficacement à des situations d’urgence.


Le lieutenant Samuel Mercier avance que la GRC et les FAC s’entrainent ensemble tout au long de l’année, mais que l’opération Nunalivut est l’occasion d’apprendre à travailler en coopération [dans des conditions extrêmes] : « Si on a besoin de refaire une intervention, on a déjà une connexion, on se connait et on est capable de préparer notre équipe et d’aller faire la mission ».

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