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Théâtre : un rôle fermement communautaire

À Yellowknife, le théâtre en français, ça va, ça vient. Les productions sont occasionnelles depuis celles d’une troupe communautaire dans les années 1990. Aujourd’hui, l’AFCY souhaite pérenniser les productions franco-ténoises.


*Mise à jour: Les représentations de la pièce Les Voisins qui devaient avoir lieu les 30 et 31 mars ont dû être reportées. Les nouvelles dates n'ont pas encore été déterminées. L'AFCY en a fait l'annonce le 28 mars.


« Une rare production théâtrale en français sera bientôt présentée à Yellowknife : Les monologues du vagin. » C’est ainsi que débutait un article paru dans L’Aquilon, en février 2021. Et voilà que les comédiens amateurs d’une nouvelle production franco-ténoise, Les Voisins de Claude Meunier et Louis Saia, fouleront les planches du Northern Arts and Cultural Centre (NACC) les 30 et 31 mars.


L’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY) a présenté Les monologues du vagin d’Eve Ensler à la suite de l’initiative d’une artiste, Andréanne Simard, qui rêvait de la produire et qui a depuis quitté Yellowknife.


« À cause de la pandémie, c’était dur de faire venir des gens de l’extérieur, raconte Maxime Joly, directeur général de l’AFCY. Quand Andréanne m’a approché, j’ai automatiquement accepté ». Il s’est ensuite mis à la recherche de financement. La pièce a fait salle comble, avec une capacité de 50 spectateurs à cause de la covid. Le directeur a constaté un engouement et, lors d’un cocktail à la fin du projet, a lancé l’idée de remettre ça en 2022.


Les comédiennes répètent depuis le mois de novembre. (Crédit photo : Anna Lacroix)


L’idée a germé. Laurence Bonin, interprète de l’un des monologues, a elle aussi senti cet engouement, dit-elle. Et elle avait envie de continuer. Ils ont discuté. Maxime Joly a préparé d’autres demandes de subventions. Le projet a pris forme.


« Ce genre de projet là, ça demande beaucoup d’énergie et d’efforts, du leadeurship et des champions prêts à se dévouer », dit Maxime Joly.


Laurence Bonin est l’une de ces perles rares. Elle a envoyé un appel d’intérêt dans la communauté en septembre. Une vingtaine de personnes ont répondu. Un nombre qui l’a « impressionnée », dit-elle, et qui a laissé Maxime « stupéfait », dit-il. Après quelques rencontres et sondages, une pièce comique a été choisie et les rôles ont été distribués.

Le groupe pratique une fois par semaine depuis novembre, et deux fois par semaine depuis février.

Une nouvelle troupe ?

Si Maxime Joly demeure conscient qu’un tel projet repose sur la volonté de la communauté et des heures de bénévolat, il travaille fort pour obtenir plus de la part des bailleurs de fonds. Le projet actuel, dit-il, accapare une trop grande part de son budget de programmation.


« Mon but est de pérenniser le financement afin qu’on ait une pièce de théâtre chaque année, dit le directeur général. Je vois énormément de potentiel et de possibilités. On a la motivation et le talent, on veut juste le mettre en valeur. On est peut-être à l’aube d’une nouvelle troupe. »


L’idée n’est pas de mettre sur pied « une troupe de théâtre avec une entité incorporée, un conseil administration et des états financiers », dit le Maxime Joly, mais plutôt un « comité sous l’AFCY avec notre permanence qui est là pour les aider ».


Laurence Bonin ne s’en cache pas : monter une troupe l’intéresse, moindrement que la communauté se laisse prendre au jeu. Petite ombre au tableau ? Son conjoint est militaire et elle sera à Yellowknife pour un maximum de quatre ans. Déjà deux ans se sont écoulés. N’empêche qu’elle est prête à investir le temps requis, dit celle qui travaille comme chargée de projet en environnement. Elle calcule avoir déjà passé plus de 300 heures sur Les Voisins.

« Un rayon de soleil »

L’un des avantages du théâtre amateur, rappelle Maxime, est son accessibilité. « C’est l’une des rares activités qui permettent l’implication communautaire et aux gens qui n’ont jamais touché à ça de participer. C’est une belle aventure humaine, ça marque la mémoire collective et ça peut inspirer d’autres personnes. » Soutenir un tel projet s’inscrit dans le mandat de l’association, ambassadrice de la culture francophone à Yellowknife.


Selon la professeure associée à l’École supérieure de théâtre de l’UQÀM, Carole Marceau, le théâtre, qu’il soit amateur ou communautaire, « est un rayon de soleil dans une communauté ». D’autant plus si celle-ci est en minorité linguistique.


La professeure distingue le théâtre amateur par son volet plus divertissant, qui offre des pièces de toute sorte aux spectateurs, de celui communautaire, plus axé sur une prise de parole. « Le théâtre communautaire permet aux gens de se reconnaitre, de susciter le dialogue, d’aborder certains sujets, de rire aussi. Ça permet à une communauté d’exister par l’art collectif. »


Carole Marceau est aussi d’avis que le bénévolat demeure le nerf de la guerre. « Tout se fait à l’huile de bras », dit-elle, se désolant que des projets évoluent ainsi en dents de scie ou finissent quand des gens partent. « Ce n’est pas tout le monde qui a la passion ou le temps et c’est pour ça que ça devrait être davantage subventionné, dit-elle. L’art fait du bien. »