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Un nouveau manuel pour apprendre le tłı̨chǫ

Le Collège nordique francophone a reçu le plus grand nombre d’inscriptions, soit 118, pour une seule saison du cours de tłı̨ chǫ. Rosie Benning, une des responsables, voit le projet comme un nouvel espoir pour la réutilisation du tłı̨ chǫ yatıı̀.


Le cours de tłı̨ chǫ, l’une des onze langues officielles des Territoires du Nord-Ouest, a déjà commencé cette saison d’automne au Collège nordique, à Yellowknife. Et il y a une nouveauté : un cahier d’apprentissage comme support pédagogique et visuel pour accompagner l’enseignement de la langue.


Le nouveau livre a été créé par Georgina Franki et Rosie Benning, les deux enseignantes du cours, mais Rosie a souligné que le manuel d’apprentissage n’a été rendu possible qu’avec l’aide précieuse d’autres personnes : « C’était vraiment un travail collaboratif ». Les ainées Rosa Mantla et Maro Sundberg, et la professeure retraitée de l’Université de Victoria, Leslie Saxon, se sont également impliquées dans ce projet.


Avec ses 54 pages, le manuel est destiné à tous les apprenants de tłı̨ chǫ yatıı̀ , une des cinq langues de la collectivité denée aux TNO. La langue est parlée par plus de 2 600 personnes aujourd’hui. Le livre est offert aux étudiants du cours.


Pour cette session d’automne, le Collège nordique a reçu le plus grand nombre d’inscriptions, soit 118, depuis le début du cours en 2016. « Il y a de plus en plus de gens intéressés à faire les démarches pour y arriver », confirme Rosie Benning. Les inscriptions pour les sessions d’hiver et de printemps ne sont pas encore ouvertes, mais la responsable semble convaincue que les chiffres vont augmenter. « Quand on regarde la croissance, c’est extraordinaire, ça montre un avenir et de l’espoir pour la réutilisation de la langue ». Le succès est, en partie, dû à la propagation « de bouche à oreille », pense-t-elle.


Avec 54 pages, le manuel est destiné à tous les apprenants de tłı̨ chǫ yatıı̀ , une des cinq langues dénées officielles. (Crédit photo : Cristiano Pereira)


L’une des responsables du cours remarque que les étudiants ne sont pas uniquement des autochtones. « Il y a des Autochtones, mais aussi des non-Autochtones. […] Des gens qui sentent qu’apprendre la langue est ce qu’il faut faire pour respecter la terre et le peuple avec qui ils habitent ». On peut également compter ceux qui veulent apprendre la langue pour des raisons professionnelles. « Il y a aussi beaucoup de personnes d’organismes qui travaillent avec les autochtones et qui se sont intéressées », raconte Mme Mantla.


Les élèves autochtones sont motivés par le désir de « se réapproprier leur langue ». Mme Benning considère que c’est aussi une forme de guérison. « On parle de ce traumatisme intergénérationnel, dans le sens où, dans les pensionnats, il avait beaucoup d’autochtones qui n’avaient pas le droit de parler leur langue, donc ils l’ont perdue. Après, le monde se moquait d’eux parce qu’ils n’étaient pas capables de parler aussi bien que d’autres personnes », raconte-t-elle, ajoutant que « de nombreuses personnes ont eu honte de parler leur propre langue et, ça, c’était horrible ».


Rosie Benning croit qu’aujourd’hui, les nouvelles générations « font l’effort d’apprendre leur langue parce qu’ils savent qu’à cause des pensionnats, leurs parents n’étaientpas capables de transférer leur langue [aux enfants] ». Et tout ça, ce dévouement, cet effort, c’est aussi « une façon de guérir ».


La coresponsable du cours souligne toutefois que l’apprentissage du tłı̨ chǫ yatıı̀ n’est pas une tâche facile. Elle soutient qu’il est difficile de dire combien de temps il faut à quelqu’un pour établir capable de converser dans la langue, car cela dépend beaucoup du dévouement de l’élève.


« Ça dépend de la personne. Ça dépend si la personne continue à travailler la langue en dehors de la classe. Est-ce qu’elle l’utilise avec la famille, la communauté ou au travail? Si oui, on peut apprendre à parler couramment de façon assez compétente en 2 ans. Mais il faut que la personne l’utilise de façon quotidienne ». Par contre, si l’étudiant ne fait pas d’efforts, l’histoire peut se compliquer. « Si ce n’est que deux heures par semaine, isolées, dans une salle, on ne va jamais y arriver », commente-telle.


Dans une lettre ouverte distribuée aux médias, Patrick Arseneault, directeur général du Collège nordique, soutient que le cours de tłı̨ chǫ dans son établissement est « une façon de contribuer à la réconciliation entamée par le Canada ».


« En offrant à des Autochtones et nonAutochtones, la chance d’apprendre une langue autochtone ainsi que sa culture, nous espérons participer à cet effort collectif d’une meilleure connaissance et compréhension des peuples autochtones», ajoute-t-il.


« Ce n’est pas facile d’apprendre une autre langue », poursuit M. Arseneault, avant d’ajouter que les étudiants de ce cours «sont courageux, curieux et veulent faire une différence pour pouvoir communiquer avec les ainés et les membres des communautés tłı̨ chǫ dans leur langue maternelle ».


« La culture se vit par la langue, alors c’est un geste concret et profond pour des gens qui sont sérieux quant à leur démarche de vérité et réconciliation », conclut le directeur du Collège nordique.

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