• Batiste Foisy

Rentrée législative précoce

Mis à jour : août 24

Les travaux de l’Assemblée législative reprendront dès le lundi 24 aout prochain pour une séance expresse d’une semaine convoquée hâtivement. Il y sera vraisemblablement question du sort réservé à l’ancienne ministre de l’Industrie, Katrina Nokleby, à laquelle la première ministre a retiré ses responsabilités.

[Nouvelle mise à jour le 24 aout]


Par voie de communiqué, l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest annonce une rentrée législative hâtive. « Le président de l’Assemblée législative, M. Frederick Blake Jr., a déterminé que la reprise précoce de la deuxième session de la 19e Assemblée législative était d’intérêt public », indique-t-on.


L’assemblée siègera du lundi 24 aout au jeudi 27 aout et sera levée le mardi suivant. Selon le calendrier législatif régulier, les députés des TNO ne devaient pas se réunir à nouveau avant la mi-octobre.


Remplacer la ministre

Quoique l’ordre du jour de cette séance ne soit pas annoncé, il apparait incontournable que la récente démotion de la ministre Katrina Nokleby sera la préoccupation immédiate de l’Assemblée.


La première ministre, Caroline Cochrane, a choisi de ne pas commenter sa décision de retirer, le 19 aout, les responsabilité ministérielles de la député de Great Slave. Celle-ci demeure néanmoins membre du Conseil exécutif.


Dans le gouvernement dit « de consensus » – une variété du parlementarisme britannique sans partis politiques – les membres du Conseil exécutif sont choisis par les députés. L’Assemblée seule a l’autorité de retirer ses fonctions à un ministre par l’adoption d’une motion à la majorité simple. Une telle procédure avait été entamée contre Mme Nokleby en mai 2020, mais la motion avait alors été retirée avant d’être débattue.


Advenant qu’un ministre soit démis, la chambre doit ensuite procéder à l’élection d’un suppléant. Par tradition, les six postes de ministres disponibles sont distribués en respectant une certaine équité régionale. Mme Nokleby représentant une circonscription de la capitale territoriale, un député de Yellowknife devrait lui succéder.


Kevin O’Reilly (Frame Lake), Julie Green (Yellowknife Centre) ou Caitlin Cleveland (Kam Lake) pourraient tenter de ravir le poste. Mme Nokleby elle-même pourrait se porter candidate à nouveau.


Le député de Yellowknife Nord, Rylund Jhonson, a annoncé dans une publication sur Facebook qu’il ne briguera pas l’investiture. « Je crois que je sers mieux mes concitoyens en tant que simple député », écrit-il.


Sans commentaires

La décision de la première ministre de ne pas commenter le limogeage de Mme Nokleby a fait l’objet de critiques. Lors de l’annonce, faite par l’émission d’un communiqué, la première ministre indiquait ne pas expliquer sa décision « par respect pour la députée ».


L’ancien député de Range Lake et fervent commentateur de la scène politique territoriale, Kieron Testart, écrit dans une chronique publiée par la CBC : « Le public a le droit de savoir pourquoi la première ministre Cochrane a limogé sa ministre de l’Infrastructure et de l’Industrie mercredi et il mérite des explications. Souvenez-vous, avant que la pandémie ne bouleverse tout quand nous contemplions avec optimisme et excitation ce nouveau gouvernement territorial. Au lieu du changement et de la transparence qu’on nous avait promis, la 19e Assemblée s’est empêtrée dans les luttes internes et les communications boiteuses et est retombé sous le nuage asphyxiant du secret qui continue de peser sur la politique de consensus des TNO. »


Sur les réseaux sociaux, le candidat conservateur défait aux élections fédérales de 2019, Yanik D’Aigle, est tranchant et se moque du secret de polichinelle entourant les motifs de la reprise parlementaire : « S’il est d’intérêt public de convoquer hâtivement l’Assemblée […] qu’on nous explique pourquoi. […] Nous devons être mis au courant pour donner l’occasion aux résidents de d’exprimer leur opinion à leurs élus, qui les représentent et leurs sont redevables, quant à une chose telle que l’intérêt public, la nature duquel nous ignorons officiellement tout. Ce n’est pas une démocratie; c’est une dictature. »


Le député de Yellowknife Nord, Rylund Johnson, et la député de Kam Lake, Caitlin Clevelan sont les premiers à briser le silence entourant cette annonce surprise. Dans une publication sur Facebook, Rylund Johnson indique ne pas avoir été mis au courant à l’avance de la décision de la première ministre et déplore le manque de transparence de Mme Cochrane.

« Le public a droit a des explications quant au contexte complet entourant la décision de la première ministre et pourquoi cette option a été préconisée. [...] La première ministre a décidé de ne pas commenter davantage, mais c’était sa décision. Elle doit assumer la pleine responsabilité de sa décision de dépouiller un de ses ministres de ses charges. »

M. Johnson affirme que ses concitoyens lui ont « largement » exprimé avoir confiance en l’ex-ministre Nokleby. La députée de Kam Lake, Caitlin Cleveland, a elle aussi choisi de s'exprimer sur les réseaux sociaux. Elle affirme également avoir été prise de court par l'annonce de la démotion de Mme Nokleby. « Je suis très déçue que nous en soyons arrivés là, écrit-elle sur Facebook. J'ai toujours eu une relation de travail positive avec la ministre Nokleby et je suis frustrée de ne pas avoir une compréhension entière de ce qui se passe pour répondre aux questions de mes concitoyens. »

En fin de journée, le 21 aout, la première ministre Caroline Cochrane, qui n'a accordé aucune entrevue concernant sa décision, a publié une vidéo sur une page Facebook opérée par le service de communications du Conseil exécutif, suivie principalement par des journalistes et du personnel politique. Dans son message de plus de cinq minutes, Mme Cochrane n'explique pas les comportements ou les actions qui sont reprochées à Mme Nokleby, évoquant simplement une conduite insatisfaisante que n'aurait pas corrigée l'ex-ministre. « Je suis consciente que la décision de cette semaine [la semaine dernière] a été dure à comprendre pour bon nombre d'entre-vous, déclare la première ministre. Je respecte cela. Mais je respecte aussi la confidentialité des conversations privées qui ont mené à cette situation. J'hésite à partager trop de détails entourant les inquiétudes soulevées par nos collègues quant à la perfromance de la ministre. Ce qui importe maintant, c'est de rétablir des relations de travail positives et de trouver la meilleure voie pour y parvenir et aller de l'avant. » La première ministre se contente ensuite de dire que des inquiétudes quant à la performance et le comportement de Mme Nokleby lui ont été signalés « par des députés et par des ministres » et que ces signalements ont trait « au professionalisme, à la ponctualité des réponses aux députés, au désir de travailler avec les comités permanents et à l'ouverture aux positions des députés et ministres ». La première ministre ajoute que les comportements reprochés à Mme Nokleby ont eu lieu lors de rencontre à huis-clos et ne peuvent pas être dévoilés.